Esclavage au Mali : aujourd’hui, pas autrefois…
https://www.bvoltaire.fr/esclavage-au-mali-aujourdhui-pas-autrefois/
Un proverbe, qui
serait africain, dit : « Si tu veux monter au cocotier, tu dois avoir les
fesses propres ! »
Je dédie ce
proverbe et cet article à la famille Traoré, et plus particulièrement à Assa,
fille d’un Malien, Mara-Siré, et de l’une de ses
quatre femmes. Cette personne agite les rues de France au nom de la justice
pour la mort de son demi-frère, dénonçant le racisme, l’esclavagisme et tous
ces noms doctrinaires et victimaires en « isme » dont
la France serait coupable.
Ses multiples occupations, pendant et hors congé – elle fut mise en
congé maladie pendant treize mois après le drame, si l’on en croit Causeur –,
ne lui ont certainement pas laissé le temps de prendre connaissance de
l’interview donnée, en 2017, à la chaîne malienne Renouveau TV par
Me Mohamed Aly Bathily, ministre de la Justice du Mali de 2013 à
2014.
C’est donc avec
grand plaisir que nous lui offrons la transcription mot à mot de cet entretien.
« Les gens m’ont dit : on a porté plainte devant la justice dans la
région de Tombouctou, de Gao, où nos maîtres – nos maîtres –, disposant de nous
à leur guise, violent nos femmes ; même quand tu as ton mari, c’est ton
mari qui sort, le maître entre et il couche avec la femme. Les enfants qui
naissent, le maître les prend comme sa chose. Il les donne en cadeau de mariage
à des alliés, au Niger, en Libye, au Tchad. Des enfants nés de parents maliens
ont été offerts en cadeau de mariage, là-bas, dans les alliances ethniques.
Une femme faisait partie des plaignantes qui avaient réussi à fuir. Elle
avait mis au monde quatre enfants ; elle ne savait même pas où ils se
trouvaient.
Et dans ces pays-là, ces plaintes, aucun juge n’acceptait de les juger.
On disait au juge : c’est comme ça que ça marche ici, faut pas toucher à ces
dossiers.
Toutes ces formes d’atteintes à l’intégrité physique et morale des
hommes et des femmes, on leur prêtait un statut d’esclave, au nom de quoi on
les soumettait à l’injustifiable et à l’ignominie la plus totale.
J’ai dit : il faut que l’État prenne ses responsabilités. »
Alors, le ministre
élabore une loi qu’il convient de présenter au Conseil des ministres.
Redonnons-lui la
parole :
« À mon grand étonnement, le Premier ministre Modibo Keïta a demandé que
le texte soit retiré de l’ordre du jour du Conseil. Il a dit : “Mais il y a un
texte qui punit l’esclavage”, et d’ajouter :
“Si on adopte ce texte-là, si les gens entendent que c’est maintenant seulement
que le Mali adopte un texte pour lutter contre l’esclavage, cela veut dire
d’abord que chez nous il y a l’esclavage, et ça, c’est très
mauvais de le faire savoir et ça veut dire ensuite que jusqu’ici on n’avait
rien fait contre l’esclavage, et ça, c’est
encore pire. Vraiment, il vaut mieux que la communauté internationale ne
comprenne pas de travers notre démarche et dise : “Ah, tiens, au Mali, l’esclavage existe et il
n’y avait même pas de texte pour le réprimer et c’est seulement en 2015 qu’on
l’a adopté ”. »
Et le texte a été
effectivement retiré.
Alors, quand je
vois cette donzelle Traoré entrer en insurrection à Paris, lever le poing et
s’en prendre à Colbert, à Faidherbe, à Gallieni, la rage me prend, ainsi que
l’envie de l’envoyer là-bas, au Mali, pour une mission de dix ans dont le but
serait de vérifier par elle-même la véracité des dires de Me Mohamed Aly
Bathily et, ensuite, de se colleter avec les marabouts, les chefs de village,
les imams, de débusquer les esclavagistes actuels, de les amener au tribunal et
de les faire lourdement condamner. Au péril de sa vie.
Au lieu de cela,
madame se contente d’éructer sans risque dans ce « pays de sauvages » qu’est la
France tout en émargeant à la CAF, puisque c’est son droit…
NB : je dédie également ce texte à Christiane Taubira, dont la loi mémorielle
sur l’esclavage ne vise que les Blancs européens et « oublie » volontairement
l’esclavage musulman et l’esclavage africano-africain,
comme il existe encore au Mali ou ailleurs.