L’exemple de la pédophilie légalisée dans l’islam
https://docplayer.fr/17302048-Memoire-n-du-parquet-15097000695-page-2-lucerne-septembre-2015.html
Mémoire, n° du parquet 15097000695 : Lucerne, septembre 2015
Il est très commun de reprocher à l’islam de légaliser la pédophilie sur la
base de l’exemple donné par Mahomet, qui aurait épousé puis défloré une très
jeune enfant, Aicha. La chose est relatée en termes univoques dans les
meilleurs recueils de la tradition prophétique, les «Sahih» (authentiques)
de Bukhari et Muslim :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouhammad_al-Boukh%C3%A2r%C3%AE
https://fr.wikipedia.org/wiki/Muslim_ibn_al-Hajjaj
Il s’agit là de la deuxième base légale dans l’islam, après le Coran. Mais
en fait, si la pédophilie (abus sexuels d’adultes sur des enfants impubères)
a été légalisée dans l’islam, c’est sur une base purement coranique, comme
nous allons le voir plus bas. Toutefois, avant d’expliquer cela, il vaut la
peine de passer en revue les principaux éléments des récits et du débat sur
Aicha. Les recueils de Bukhari et Muslim ont été traduits en français et
peuvent être trouvés dans le commerce, en France. Pour cette démonstration,
je copie ici les pages concernées du recueil «Sahih Muslim Intégrale en 6
volumes (Arabe-Français)», paru aux éditions al-Hadith, Bruxelles, en 2012,
et acquis auprès de la librairie en ligne muslimshop.fr (
https://www.muslimshop.fr/sahih-muslim-integrale-en-6-volumes-arabe-francais.html
) . L’extrait est tiré du 3e volume, titre «Le mariage», sous-titre «Du père
qui marie sa jeune fille vierge».
Nous avons ici la page 276, en français et en arabe. Nous y trouvons un récit
(n° 3479 dans cette édition) censé provenir d’Aicha elle-même et disant que
Mahomet l’a épousée quand elle avait six ans et a consommé le mariage
lorsqu’elle eut neuf ans :
«Le Messager d’Allah (…) m’épousa quand j’eus six ans et consomma le mariage
quand j’eus neuf ans.»
Ce récit précise également qu’elle jouait alors à la balançoire avec ses amies,
un élément qui peut confirmer le jeune âge d’Aicha à l’époque des faits:
«Um Rûmân vint me trouver tandis que je jouais à la balançoire avec mes amies.»
À la page suivante, nous avons trois récits analogues (3480-3482), avec un autre
choix de termes, une petite différence quant à l’âge du mariage (mais pas de sa
consommation) et divers compléments, transmis par d’autres personnes:
«Le Prophète (…) m’épousa alors que j’avais six ans et consomma le mariage quand
j’en eus neuf.»
«Le Prophète (…) l’épousa alors qu’elle avait sept ans et elle fut conduite chez
lui, avec ses jouets, à l’âge de neuf ans. Il mourut en la laissant veuve à
dix-huit ans.»
«Le Messager d’Allah (…) l’épousa tandis qu’elle avait six ans, consomma le
mariage quand elle en eut neuf et mourut en la laissant veuve à dix-huit ans.»
On notera ici l’évocation des jouets, qui souligne le jeune âge d’Aicha
lorsqu’elle a été confiée à Mahomet, et la cohérence des récits quant à son âge.
Les recueils de la tradition de Mahomet ne font pas mention d’une autre version
à cet égard. Toutefois, récemment, depuis quelques décennies, devant les
critiques adressées par divers intervenants, des musulmans ont remis en question
la véracité de ces récits. Ceux-ci proviendraient bien de sources crédibles,
mais l’une de ces sources ne l’aurait plus été à la date de la transmission, de
sorte que ces récits, réputés authentiques depuis plus de mille ans, doivent
être considérés comme fabriqués. Par ailleurs, d’autres récits permettraient,
par rapprochement entre divers événements et indications, de penser qu’Aicha
était sensiblement plus âgée lors de son mariage. Certains avancent aussi que
les récits des «Sahih» indiqueraient en fait l’âge d’Aicha non pas en fonction
de sa naissance, mais d’une date ultérieure. On peut s’enquérir de tous les
détails de cette réfutation tardive par exemple en suivant une conférence de
Michel Dardenne (Belge converti à l’islam), publiée sur YouTube (
https://www.youtube.com/watch?v=0kTj6v_svX4
).
Mais force est de constater que ces récits sont toujours publiés et traduits
tels quels.
Et que même des historiens anciens, comme Tabari (sunnite, 839- 923) (
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tabari
), ici dans sa Chronique (
https://www.amazon.fr/Chronique-De-Tabari-Histoire-Prophetes/dp/2742733183/ref=pd_bxgy_14_img_y
), indiquent très clairement qu’Aicha était alors une enfant :
Or, comme je l’indique plus haut, le droit de déflorer des enfants impubères est
en fait coranique. Il se fonde essentiellement sur le verset 4 de la Sourate 65
intitulée «Le divorce» (ou plus exactement, compte tenu de l’époque, la
répudiation).
Je cite ici le Coran selon la version française publiée sur le site
https://quran.com/
:
Voici le passage crucial:
« Si vous avez des doutes à propos (de la période d’attente) de vos femmes qui
n’espèrent plus avoir de règles, leur délai est de trois mois. De même pour
celles qui n’ont pas encore de règles.
»
Ce verset complète les dispositions relatives à la durée de la période d’attente
(ou période de viduité ou de continence), au terme de laquelle une femme
répudiée peut se remarier, pour deux catégories de femmes. Le coran aborde en
effet déjà cette question, de manière plus générale, dans une sourate
précédente, au verset 228 de la Sourate 2 :
Le Coran prévoit ici que «les femmes divorcées doivent observer un délai
d'attente de trois menstrues». Le délai d’attente est donc de trois cycles pour
une femme menstruée, et de trois mois pour une femme ménopausée ainsi que pour «
celles qui n’ont pas encore de règles » (65.4). Le sens concret de
cette période d’attente peut être confirmé de manière indubitable par le verset
49 de la sourate 33 (Les coalisés) :
Ce verset dit la chose suivante:
«Ô vous qui croyez! Quand vous vous mariez avec des croyantes et qu’ensuite vous
divorcez d’avec elles avant de les avoir touchées, vous ne pouvez leur imposer
un délai d’attente.»
D’où nous savons que le délai d’attente ne s’applique qu’après que la femme a
été «touchée». De toute évidence, il s’agit d’éviter qu’une femme se remarie
avec un autre homme alors qu’elle est enceinte de son mari précédent. Le verset
65.4 le confirme en précisant que le délai d’attente des femmes enceintes se
termine à l’accouchement. Pour récapituler, le Coran prévoit donc les délais
d’attente suivants (classés dans l’ordre chronologique de la révélation selon
Al-Azhar) après une répudiation:
·
Femmes en général (2.228) : trois cycles.
·
Femmes répudiées sans avoir été touchées (33.49) : aucun délai d’attente.
·
Femmes ménopausées, en cas de doute (65.4) : trois mois.
·
«Celles qui n’ont pas encore de règles» (65.4) : trois mois.
·
Femmes enceintes (65.4) : jusqu’à l’accouchement.
Le fait que le Coran prévoie un tel délai d’attente également pour des épouses
qui n’ont «pas encore de règles» semble indiquer qu’il est admis d’épouser et de
déflorer (puis de répudier) des enfants impubères. Est-ce vraiment le cas? Le
Coran parle-t-il vraiment ici d’enfants impubères qui ont été «touchées»,
admettant ainsi qu’on déflore des fillettes avant leur puberté? Si oui, la
pédophilie est légalisée sous la charia. Qu’en pensent les experts musulmans?
Pour en avoir le cœur net, nous pouvons examiner les commentaires (tafsirs)
de ce verset qui ont fait autorité dans l’histoire de l’islam afin de voir
comment cette règle a été comprise et appliquée dans la pratique, par les
meilleures spécialistes de l’exégèse coranique. Pour ce faire, je propose ici
une série de tafsirs dans l’ordre chronologique, du Moyen Âge à nos
jours, d’auteurs majeurs de différentes écoles de jurisprudence. À une exception
près, ces tafsirs proviennent tous du site www.altafsir.com placé sous le
patronage du Royal Aal al-Bayt Institute for Islamic Thought, qui dépend
de la famille royale jordanienne.
Pour ne pas surcharger la démonstration, j’indique ici brièvement la
signification des passages ou désignations arabes qualifiant «celles qui n’ont
pas encore de règles» qui confirment l’interprétation selon laquelle il s’agit
bien ici d’enfants, et je mets ces passages en surbrillance ensuite dans les
extraits arabes des tafsirs. Je ne présente une traduction plus complète
que lorsqu’il en existe une officielle (en français ou en anglais), publiée par
l’auteur ou l’éditeur de la version arabe. Je fais une exception ici pour le
tafsir d’Ibn Kathir, dont il existe plusieurs versions françaises dans le
commerce, qui ont donc un impact plus particulier dans le contexte qui nous
occupe, et dont je présente également ces versions, après les tafsirs
arabes.
Voici les différentes expressions utilisées dans les commentaires en arabe pour
qualifier «celles qui n’ont pas encore de règles»:
Expression arabe.
Signification :
·
الصغیرة :
mineure
·
الصغار ;
mineurs
·
لصغر :
pour raison de minorité
·
الصغائر :
les mineures
·
للصغیرة :
pour la mineure
·
لم یبلغن المحیض ;
celles qui n’ont pas atteint les menstrues
·
واللاّئي لم یحضن بعد :
celles qui n’ont pas encore eu les menstrues
·
واللائى لم یحضن عدتھن كذلك :
(pour) celles qui n’ont pas eu de menstrues, la durée est la même
·
لصغرھنّ :
à cause de leur minorité (à elles)
·
لصغرھا :
à cause de sa minorité (à elle)
·
والصغیرات :
les mineures
L’exégèse de Tabari comporte quelques dizaines de volumes et passe pour la plus
complète. Elle fait référence aujourd’hui encore, mais presque uniquement en
langue arabe, car il n’en existe aucune traduction complète. En voici les
passages déterminants du commentaire sur le verset 4 de la Sourate 65 (
https://www.altafsir.com/Tafasir.asp?tMadhNo=0&tTafsirNo=1&tSoraNo=65&tAyahNo=4&tDisplay=yes&Page=1&Size=1&LanguageId=1
), (
https://www.altafsir.com/Tafasir.asp?tMadhNo=0&tTafsirNo=1&tSoraNo=65&tAyahNo=4&tDisplay=yes&Page=2&Size=1&LanguageId=1
) :